Citations

Il n’y a rien qui me rende aussi heureux que de regarder et peindre la nature. Pouvez-vous imaginer que, quand je vais à la campagne et vois partout du soleil, de la verdure et des fleurs, je dis : tout cela m’appartient, vraiment!

— Henri Rousseau, dit le Douanier Rousseau (1844-1910)

Qu’est-ce que l’art naïf ?

Cheval de la grotte de Lascaux

Cheval de la grotte de Lascaux,
daté de plus de 17000 ans,
d’après « L’art naïf, encyclopédie mondiale »,
Oto Bihalji-Mérin, Nebojsa-Bato Tomasevic.

L’art naïf est le fait d’autodidactes, de non-initiés.

Les artistes naïfs existent depuis que l’homme dessine, peint, grave et sculpte. Leurs premières oeuvres datent de l’ère préhistorique. Beaucoup nous sont parvenues, en particulier celles relatives à l’art rupestre.

On utilise aussi le terme « primitif » pour désigner un artiste naïf, en référence aux artistes primitifs italiens du XIIIème et XIVème siècles antérieurs à l’invention de la perspective, ainsi qu’aux primitifs flamands.
Depuis le XXème siècle, on parle de primitif moderne.

A l’ombre de la grande peinture et des artistes reconnus jusqu’au XIXème siècle, existait en Europe une création de peinture naïve d’avant l’art naïf, souvent l’oeuvre d’anonymes, dont on retrouve des tableaux dans des musées provinciaux. Cette peinture naïve concerne le portrait, le paysage, les vues urbaines et les scènes de genre.

Edward Hicks, Penn's Treaty. Le traité de William Penn avec les indiens en 1681.

Edward Hicks, Penn’s Treaty. Le traité de William Penn avec les indiens en 1681.
Huile sur toile, 1847, Philadelphia Museum of Art.
D’après The Athenaeum


Dans l’Amérique naissante des XVIIème et XVIIIème siècles, apparaissent les « limners », les enlumineurs, ces artistes pour qui l’art était souvent un second métier, et qui répondaient à des commandes, de la part de commerçants, industriels et fermiers, de tableaux destinés à conserver les témoignages d’un pays en plein essor: portraits de famille, scènes de vie, paysages, scènes d’intérieur, peintures de la ferme et des nouvelles demeures. Ces oeuvres sont en grande partie anonymes, certaines exposées dans des musées américains.

Ce n’est qu’à la fin du XIXème siècle que l’art naïf a été véritablement reconnu et apprécié. Le terme de « naïf » a été employé la première fois pour qualifier les œuvres du Douanier Rousseau (1844-1910), qui se fit connaître avec éclat lors de la fondation du Salon des Artistes indépendants en 1885. A l’époque, plusieurs artistes, tels les Impressionnistes, s’opposaient à l’académisme régnant : un contexte artistique favorisant la recherche de l’originalité.

Henri Rousseau, la carriole du père Junier

Douanier Rousseau, la carriole du père Junier, 1908.
Musée de l’Orangerie, Paris

L’art naïf suscite, dans un premier temps, le mépris. Il n’est ni conforme aux préceptes de l’Académie, ni adepte des recherches abstraites du début du vingtième siècle. Néanmoins, les désavantages de l’industrialisation, ainsi que la fin de la première guerre mondiale, et la prise en conscience de la valeur humaine, apportent un changement dans l’attitude générale des artistes et des critiques, à l’égard de la peinture représentative.

Ainsi s’organise, en 1928, la première exposition d’art naïf, par Wilhelm Uhde, à Paris. Elle réunit les œuvres de cinq peintres dits  » du Cœur Sacré  » : Le Douanier Rousseau, Louis Vivin, Séraphine de Senlis, André Bauchant et Camille Bombois. A la même époque, le mouvement naïf prend également une ampleur internationale surtout aux Etats-Unis, en ex-Yougoslavie et à Haïti. Depuis les débuts du siècle dernier, cet art ne cesse de s’étendre à travers le monde, et suscite un vif intérêt.

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